Le conflit autour du financement du soccer mondial prend de l’ampleur, et la bataille oppose maintenant la FIFA à plusieurs de ses plus puissantes confédérations. Au centre du dossier : un projet d’investissement privé qui soulève des craintes de perte de contrôle et de manque de transparence.
Le plan qui a mis le feu aux poudres
Gianni Infantino veut ouvrir la porte à des investisseurs privés pour obtenir des parts minoritaires liées à la Coupe du monde et à d’autres actifs de la FIFA. Le dossier serait lié à un fonds nommé Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner. Infantino a donné aux 211 fédérations membres jusqu’au 19 septembre pour se prononcer.
Cette échéance a déclenché une réaction rapide, parce que plusieurs acteurs du soccer y voient une décision emballée trop vite et discutée trop discrètement. La critique principale n’est pas seulement économique : elle vise aussi la manière dont la proposition a été amenée au grand jour.
Des confédérations qui resserrent les rangs
L’UEFA a réagi avec le plus de fermeté. Les 55 membres de l’organisme européen ont voté à l’unanimité pour boycotter la FIFA, y compris les Coupes du monde, si le projet d’investissement privé n’est pas retiré. Le message est clair : pour l’Europe, la Coupe du monde ne doit pas devenir un actif à monnayer.
La CONCACAF a, elle aussi, rejeté l’idée sans détour. La confédération qui regroupe l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes a dénoncé le manque de transparence et le calendrier imposé, même si elle n’a pas encore parlé de boycott.
Du côté asiatique, l’AFC a appuyé les réserves européennes et nord-américaines. Son ton a été tout aussi préoccupé, avec un avertissement selon lequel la situation devrait inquiéter tous ceux qui se soucient de l’avenir du sport. L’instance a en plus demandé une révision en profondeur de la gouvernance de la FIFA.
Une FIFA sous pression de l’intérieur
Pendant que les confédérations montent le ton, la FIFA tente de tenir le cap. L’organisation a attribué la tempête à des reportages médiatiques qu’elle juge inexacts et soutient que son processus de consultation doit se poursuivre.
Mais le malaise ne vient pas seulement de l’extérieur. Carlos Cordeiro, un conseiller principal d’Infantino, a quitté son poste vendredi en raison du projet. Cette démission donne du poids à l’idée que le dossier fragilise aussi le cercle rapproché du président.
Le Mexique, pour sa part, n’a pas encore tranché. Sa fédération dit vouloir plus de temps avant d’évaluer la proposition. L’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Océanie n’ont toujours pas fixé de date pour leur propre positionnement, ce qui laisse le dossier ouvert, mais de plus en plus tendu.
Ce qui est en jeu pour la suite
Le poids politique de l’UEFA rend la confrontation particulièrement sérieuse, puisque l’Europe regroupe plusieurs des ligues les plus riches et les plus influentes du monde. Si l’Asie et l’Amérique du Nord demeurent dans le camp du refus, Infantino risque de se retrouver isolé face à une large coalition.
Deux moments vont maintenant servir de test. D’abord, la date du 19 septembre, qui doit mesurer jusqu’où les appuis à son projet peuvent aller. Ensuite, le début de la Coupe du monde féminine U-20 de la FIFA en Pologne, le mois prochain, où la menace d’un boycott pourrait devenir concrète.
Le contexte politique ajoute une autre couche de pression. Infantino était censé avancer vers une réélection sans opposition pour un quatrième mandat jusqu’en 2031, avec des candidatures attendues avant le 18 novembre en vue d’un vote à Rabat en mars. Après cette semaine mouvementée, cette trajectoire paraît beaucoup moins certaine.
